C'est quoi l'abolitionnisme ?




L'ABOLITIONNISME est un mouvement apolitique et féministe qui propose de lutter contre le phénomène prostitutionnel de la manière suivante:

- Accompagner, être aux côtés des personnes prostituées

- Leur proposer une alternative à la prostitution

- Responsabiliser voire pénaliser les clients-prostituteurs

- Réprimer réellement les proxénètes

- Mettre en place des mesures de prévention et d'éducation

mercredi 20 avril 2011

Les "clients" tremblent pour leurs petits privilèges

Texte de Claudine Legardinier publié dans Prostitution et Société. Avril 2011.

La pénalisation du prostitueur est inscrite dans une logique
progressiste : celle qui exige d’en finir avec les violences et
d’avancer vers l’égalité entre les femmes et les hommes. N’en déplaise
à tous les nostalgiques d’une France d’un autre âge excitée par le
frisson sulfureux des bordels et de la fille au trottoir.

400 pages détaillées, un projet politique cohérent, un courage
certain. Le rapport « L’exigence de responsabilité, en finir avec le
mythe du plus vieux métier du monde » constitue une avancée que nous
saluons.

Malheureusement, qu’en retiennent les médias et la rive gauche ? La
pénalisation des "clients", ceux qu’il est plus juste d’appeler les
prostitueurs pour leur rendre une visibilité qu’ils ont pris soin de
fuir pendant des siècles, jugeant plus commode de voir reporter la
"faute" sur celles qu’ils exploitaient. Un comédien riche et célèbre
profite de sa notoriété pour défendre ce qu’il considère apparemment
comme un droit de l’homme fondamental : le droit d’aller aux putes. On
a les combats que l’on peut.

Les violences subies par les prostituées, la peur au ventre, le valium
pour y aller, la traite des femmes et des gamines sur qui pèse la
survie des familles, qu’importe. On brandit ces étendards que sont "la
liberté individuelle" (la liberté de qui ?), on passe un peu de cirage
aux "femmes remarquables" que sont les prostituées. Sur ce point, nous
sommes d’accord, étant donné ce que proxos et "clients" leur font
subir. Car les prostitueurs sont les premiers agresseurs des personnes
prostituées qui vivent dans la crainte permanente de « tomber sur un
cinglé ». Violences, menace de violences, mépris, humiliations,
arnaques… C’est donc ce droit là qu’il faudrait défendre ?

Ce que ces messieurs exigent - quitte à le faire au nom du féminisme !
-, c’est le droit de passer leurs caprices sur le corps d’une femme,
d’en faire un territoire de défoulement, de continuer à faire leur
choix dans un immense magasin de jouets. Ce qu’ils revendiquent, c’est
une institution qui remet les femmes à leur place : au lit, pour leur
bon plaisir. Et sans compte à rendre.

Tous les arguments sont bons : misère sexuelle, solitude (ce que
réfutent les enquêtes qui montrent que le client est majoritairement
un homme lambda, marié et père de famille), clandestinité (désormais
surtout due au recours à Internet et au téléphone portable), risques
sanitaires.
Les pro prostitution, qui ont appuyé leur lobbying sur la lutte contre
le sida, ont surtout travaillé à banaliser le concept de "travail du
sexe", dont on voit le résultat en Europe : une explosion des bordels
industriels à haut débit où des centaines de femmes (de préférence
étrangères) sont livrées en pâture aux appétits sexuels prétendument
incontrôlables des hommes.

Il est temps de sortir de la complaisance. Une complaisance qui n’est
pas sans rappeler celle qui, il y a peu, entourait encore d’une
curieuse indulgence les chauffards. Comme les « accidents de la route
», tenus jadis pour une fatalité, sont devenus « la violence routière
», la prostitution est en train de se muer en « violence
prostitutionnelle ». Comme le mauvais conducteur a désormais à
répondre de son comportement, le client prostitueur, qui nourrit un
immense marché aux femmes, est aujourd’hui placé en face de ses
responsabilités.

Ce pas en avant est décisif pour nous qui travaillons à faire reculer
toutes les violences contre les femmes. Violences qui tiennent
ensemble : car s’il faut sauver le droit du prostitueur, il convient
en toute logique de dépénaliser le violeur, mu lui aussi par des
pulsions irrépressibles. Personne ne songerait à le faire, nous
l’espérons. En réalité, le séculaire droit sexuel masculin a du plomb
dans l’aile. Après la remise en cause du droit de cuissage (droit
obtenu par le pouvoir), du viol (droit obtenu par la force), vient en
toute logique la prostitution (droit conféré par l’argent).

La pénalisation du prostitueur constitue un élément parmi d’autres
d’une politique cohérente destinée à faire reculer l’une des plus
vieilles exploitations du monde. Vingt neuf autres mesures, dont
personne ne dit mot, sont préconisées par ce rapport très riche qui
mise sur la tombée en désuétude de la loi LSI sur le racolage :
mesures sociales, pédagogiques, lutte contre le sexisme, papiers pour
les prostituées étrangères, etc.

La pénalisation du prostitueur, qui n’en est qu’un maillon, est
inscrite dans une logique progressiste : celle qui exige d’en finir
avec les violences et d’avancer vers l’égalité entre les femmes et les
hommes. N’en déplaise à tous les nostalgiques d’une France d’un autre
âge excitée par le frisson sulfureux des bordels et de la fille au
trottoir.
Claudine Legardinier est journaliste, spécialiste des droits des femmes et de l'égalité des sexes et auteure, entre autres, d'une grande enquête sur les clients de la prostitution en collaboration avec le sociologue Saïd Bouamama.

7 commentaires:

  1. Excellent article.
    Néanmoins ce qu'on lit dans "Emma" c'est que la prostitution ne fait que s'accroître dans le monde.
    Les scandinaves sont les seuls à lutter solidairement et avec determination.
    Ce qui n'empêche crêpe en se la jouant porte-parole du vrai féminisme du web de raconter sur le blog d'olympe-proxénète que oyez messieurs dames c'est en Suède qu'il y a le plus de viols. Elle veut bien entendu prouver les ravages que feraient la pénalisation du client !
    Sans le garde-fou de la prostitution voilà ce qui nous pendrait au nez, d'après elle ! j'ai répondu mais olympe-proxénète n'a pas valider mon com'. Car crêpe tronque l'information. La pénalisation des clients date de 2001 et s'il y a le plus de viols en ce moment (2011), c'est uniquement du à l'arrivage récent et massif de musulmans en Suède, pays où les femmes n'ont pas l'habitude de se protéger des hommes (se cacher, ne pas sortir) alors que les musulmans prennent le comportement libre des suédoises pour une invitation au viol. il s'agit du choc des cultures. Car ces musulmans qui s'installent en Scandinavie sont des pakistanais (le Pakistan étant ravagé par une grave inondation) et les pakistanais sont les musulmans les plus oppresseurs de femmes du monde. On peut imaginer le problème...qui n'a strictement aucun lien de cause à effet avec la pénalisation des clients de la prostitution!

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  2. "Elle veut bien entendu prouver les ravages que feraient la pénalisation du client !"

    Le pire c'est que l'implicite de ce genre de raccourci suggère sans le moindre scrupule qu'il faudrait par conséquent sacrifier des victimes à la bête (l'irrépressible sexualité masculine) pour protéger les femmes respectables.
    A vomir.

    Ceci dit les amateurEs de ce type de syllogisme, oublient de préciser que l'augmentation des plaintes pour viol concerne toute la scandinavie, or la loi sur la pénalisation des clients n'est appliquée qu'en Suède.

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  3. @ Euterpe

    Oui, l'industrie du sexe s'accroit partout ... en même temps que le néocapitalisme à la sauce mondialisée. C'est en ce sens que Crêpe-Sucette et Olympe-proxo sont incohérentes (Crêpe-Suce-Boulettes n'en est pas à sa première contradiction de dinde, ceci dit). Elles surfent sur la mauvaise foi et la mésinformation: la légalisation de la prostitution a plutôt tendance à favoriser les violences et viols envers les femmes, particulièrement envers les prostituées (normal puisqu'on renforce ainsi le statut de femme-objet):

    "La légalisation ne fait pas disparaître la prostitution de rue ni les dangers qui y sont liés. On a même enregistré une augmentation significative dans le Victoria avec des niveaux plus élevés de viols et de violences."

    A lire en entier ici

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  4. @ Mauvaiseherbe

    Si on part par là, on n'a qu'à réserver une frange de la population féminine au soulagement des types violents, des espèces de maisons où ils pourraient cogner en toute impunité. Quand des féministes en carton avancent l'argument du sacrifice des femmes pour le bien-être de la société, j'ai tendance à être prise de nausées, comme toi. Et du coup, à ne plus accorder aucun crédit à ce qu'elles disent par ailleurs. Ca n'est pas tant avec leur posture que je ne suis pas d'accord mais avec leur incohérence.

    Le fait est (et ça, elles se gardent bien de le divulguer) que les Suédois.e.s se disent satisfait.e.s de cette loi à plus de 80%, 10 ans après sa mise en application et que les féministes, les prostituées, les femmes des pays où le système a été institutionnalisé le regrettent amèrement.

    Mais bon, l'expérience des autres ne vaut rien face à l'appât du gain ou la certitude que se prostituer c'est glamour et tendance (cf, les quatre cruches qui pètent dans la dentelle chez ZoneZéro et revendiquent le droit d'éprouver les frissons de la prostitution comme un fantasme de petites bourgeoises qu'elles sont au détriment de celles qui en sont sorties bousillées et qui le disent).

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  5. "C'est en ce sens que Crêpe-Sucette et Olympe-proxo sont incohérentes (Crêpe-Suce-Boulettes n'en est pas à sa première contradiction de dinde, ceci dit)"


    Héloise,

    Merci pour le fou rire ;-)))

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  6. Les tenants des lois Sarkozy, Bachelot, nous assurent que seuls des utopistes de mauvaise foi pensent que la prostitution libre existe.

    Admettons le, même si ces gens se trompent, et supposons que tou(te)s les prostitué(e)s agissent sous la contrainte.

    Se pose alors la question du droit de quelqu'un à disposer du corps de quelqu'un, et les proxénètes sont effectivement condamnables, et les clients aussi puisque le corps qu'ils payent est un corps contraint.

    Mais pourquoi dans ce cas ne pas poursuivre TOUS les patrons d'entreprise qui contraignent des corps ou de plutôt des "parties de corps" à une utilisation, sous payée de surcroît pour leur profit ?

    Alors – et là je m'adresse à Mme Bachelot, représentante du gouvernement -, s'il s'agit de dignité humaine et de respect du corps humain, poursuivez tous ceux qui contraignent des corps humains à servir leurs intérêts : Et de cela, l'État avec ses lois qui contraignent à accepter n'importe quel emploi, est aussi coupable.

    Mais même alors le client d'un(e) prostitué(e) qui choisit librement ce métier, ne sera pas plus condamnable que la cliente d'un salon de coiffure qui utilise les mains abîmées par les produits chimiques d'une employée d'un salon de coiffure qui a choisi ce métier.

    Et si vous trouvez vraiment immoral le commerce du sexe, et moral tout autre usage du corps de l'autre, rendez attrayants ces métiers de travail à la chaîne ou d'usage peu gratifiant (nettoyer vos chiottes), en payant un salaire décent à ceux et celles qui y sont contraints, afin de leur éviter la tentation d'être mieux rémunéré en se prostituant....

    Mais parler de salaires décents est aussi devenu immoral dans une société dont la seule règle morale est le profit financier des entreprises. Alors on feint d'être moral en s'attaquant à des pratiques bien moins dégradantes que celles-là (loi anti burka (pour 2000 femmes) au nom de la dignité des femmes (des millions) qu'on continue à sous-payer "indignement" dans les mêmes entreprises) loi contre les clients des prostitué(e)s (quand on continue la prostitution des corps sous payés dans le monde industriel des CDD où tout salarié est "jetable" dès qu'il n'est plus "exploitable" et "rentable financièrement").

    Abolissez donc la prostitution féminine par tous les moyens puisque vous déclarez irresponsables les femmes qui disent se prostituer par choix (toujours l'infantilisation des femmes).

    Personnellement, en tant qu'homme libre - dont des mouvements masculinistes ne cherchent pas à faire le bien contre son gré - , je revendique le droit de me prostituer comme je veux, indépendamment de toute règle morale comme l'écrivait déjà Diderot en sous titre du "Supplément au voyage de Bougainville" : "Dialogue entre A et B sur l'inconvénient d'attacher des idées morales à certaines actions physiques qui n'en comportent pas", et parmi ces actions il y avait, bien sûr, l'acte sexuel.

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  7. merci pour ce texte formidable que je vais aussi relayer sur mon blog ! ;o)

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